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Synthèse du débat : Plantes mutées une innovation pour qui ? pour quoi ? tenue à la région Rhône-Alpes le vendredi 21 septembre 2012

Compte-rendu du DEBAT qui s’est tenu
le vendredi 21 septembre 2012 à LA REGION RHONE-ALPES,

Plantes mutées : une innovation pour qui ? pour quoi ?

par Marie-Aude CORNU, coordinatrice de Rés’OGM Info, le 26/09/12

100 personnes

Rés’OGM Info remercie la Région Rhône-Alpes d’avoir bien voulu organiser ce débat sur les plantes mutées tolérantes aux herbicides.
Voici un résumé des interventions.

Après une introduction par Michel Grégoire, Vice-président à l’agriculture, Région Rhône-Alpes
Et Olivier Keller, élu régional, président de la commission agricole, Région Rhône-Alpes

 Marie-Aude Cornu, coordinatrice de Rés’OGM Info a rappelé le contexte :

Depuis une quinzaine d’années, les firmes – telles que Monsanto, Pioneer, BASF, BAYER, Dupont Nemour, Limagrain - développent sur l’ensemble de la planète des plantes tolérantes aux herbicides, notamment du soja sur le continent américain, que nous importons pur nourrir les animaux, mais également du maïs, du colza etc. Obtenues par transgénèse, ces plantes bénéficient en Europe d’une traçabilité, d’une évaluation et d’une autorisation de mise sur le marché, d’un étiquetage propres aux OGM. Evaluation, il faut noter, souvent pointée comme insuffisante par ailleurs. Etiquetage partiel, puisque les produits issus d’animaux nourris aux OGM en sont exclus.

Cependant aujourd’hui l’amélioration des techniques de mutagenèse (comme le marquage de gène) permet à des entreprises, comme Pioneer, BASF, de développer des plantes tolérantes aux herbicides autrement que par transgénèse.
La mutagenèse consiste à modifier le patrimoine génétique d’une plante, par utilisation d’agents physiques ou chimiques (herbicides…) ou par rayons (gamma …). Bien qu’elle soit reconnue comme étant une technique OGM par la Directive Européenne 2001-18, celle-ci échappe à la réglementation, et est exclue du champ d’application.

Ainsi il existe désormais sur le marché français, des tournesols et colza Clearfield de BASF Agro ou du tournesol Expresssun de Pioneer tolérants les herbicides, obtenus par mutagenèse ou par croisement avec des plantes sauvages. Les agriculteurs et apiculteurs rhônalpins sont donc concernés à double titre en tant que producteurs et en tant que force économique du monde rural.

Ces nouvelles technologies agronomiques sont présentées comme l’innovation incontournable et la réponse ad hoc aux problèmes de gestion des adventices, et notamment de l’ambroisie.
Mais les faits ont démontré qu’avec ce type de plantes, les paysans sont aujourd’hui contraints à utiliser davantage de chimie et dépendent des firmes dans l’achat et l’utilisation des semences et des produits associés.
De plus, d’après le Rapport d’expertise menée par le CNRS et l’INRA sur les Végétaux tolérants aux herbicides p 50-51 et 63-64, il y est indiqué que les herbicides « inhibiteurs de l’ALS », ceux que tolèrent ces plantes pointées du doigt, sont ceux qui provoquent le plus de résistance (et les herbicides concernées le sont) chez les adventices.

Il est utile de nous interroger sur les conséquences que peuvent impliquer cette stratégie développée de la tolérance des plantes aux herbicides et de l’utilisation des techniques de mutagenèse :

*S’agit il d’une véritable stratégie pour la réduction de l’emploi d’herbicides dans un contexte où il est prévu que les agriculteurs diminuent l’utilisation des produits phyto de 50 % à l’horizon 2018 (Plan EcoPhyto 2018) et dans un contexte où l’on connaît de plus en plus les conséquences de l’utilisation des pesticides sur la santé des agriculteurs, des consommateurs, des animaux, des abeilles, pour l’environnement (sols, eau, air) ? et qu’on l’on sait que 10 % des dépenses concernant l’eau serve à la dépollution !

La récente actualité redouble notre alerte. En effet le CRIIGEN vient de publier les résultats d’une étude de toxicité réalisé sur 200 rats qui ont été nourris avec un maïs tolérant un herbicide, le Round Up, pendant 2 ans (trois doses différentes du maïs transgénique (11 %, 22 % et 33 %) et les résultats sont accablants : Tumeurs mammaires chez les femelles, troubles hépatiques et rénaux chez les mâles, espérance de vie réduite sur les animaux des deux sexes.

*Est-ce une réponse adéquate et de long terme à la gestion de l’ambroisie ? qui est une plante invasive dont il faut se préoccuper sérieusement puisque qu’environ 10 % de la population rhônalpine y est allergique

*Que connaît-on des conséquences pour la plante des mutations générées ? (sur la croissance et la reproduction des plantes, .. ?)

*Correspondent-elles au souhait des consommateurs-citoyens dont la majorité (75% des français) demande plus de transparence, refuse les OGM, souhaite vivre dans un environnement sain ?

*Qu’en est-il de l’avenir des filières bio ?

Il s’agit donc ici d’un double débat :

*L’un sur la mutagenèse, qui est une technique couramment utilisée mais largement inconnue du public et des agriculteurs, et dans tous les cas mise sur le marché sans évaluation sanitaire et environnementale spécifique. On en est droit d’exiger de la transparente quant à l’utilisation de ces techniques.

*Et l’autre sur la généralisation d’une stratégie qui est la tolérance aux herbicides pour les plantes cultivées. Est il envisageable d’imaginer d’autres solutions pour l’agriculture que le recours à la chimie ?

 Fabrice Laroche, biologiste moléculaire nous a apporté quelques éléments de compréhension sur ce qu’est la mutagenèse :

M Laroche a montré que la technique de mutagenèse est bien considérée du point de vue des biologistes, mais aussi du point de vue juridique comme une technique produisant des OGM, même si la Directive 2011-18 l’exclut ensuite de son champ d’application.
Les mutations générées par des agents chimiques, physiques provoquent des effets non maîtrisés sur les plantes, non évaluées à ce jour en tant quelles.
Une étude menée sur du riz démontre que 11 000 gènes sont affectés après mutagenèse, et 50 gènes au bout de 10 générations. L’expression des gènes est perturbée pendant plusieurs générations après mutagenèse. Les désordres observés sont généralement plus importants après mutagenèse que ce que l’on observe dans la nature

 Arnaud ROUSSEAU, vice-président de la FOP (Fédération des producteurs d’oléagineux et de protéagineux)

a voulu présenter le modèle dans lequel il se situe. Il est agriculteur en grandes cultures, en Seine et Marne, il défend une agriculture de production, d’exportation sur les marchés qui s’ouvrent, tout en alliant la performance écologique et économique.

 Monsieur Fabien Lagarde, Directeur Technique, CETIOM

, coordinateur du plan d’accompagnement technique des cultures tolérantes aux herbicides a présenté le programme mené par le CETIOM sur tournesols tolérants les herbicides en post levée.
Le CETIOM est un organisme financé par les producteurs via les Contributions Volontaires Obligatoires, il se dit indépendant.
La mise sur le marché de tournesol TH en post-levée permet un désherbage plus précis.
Les herbicides concernés sont des inhibiteurs de l’ALS – herbicides sélectifs, il convient pour que ce type de stratégie perdure d’être prudent dans leur utilisation. Le CETIOM propose dont aux agriculteurs un accompagnement basé sur la préconisation de bonnes pratiques (rotation, désherbage mécanique en inter-rang, et chimique sur le rand, binage etc.) et un suivi des cultures, car le risque de résistance concernant l’ambroisie est élevé.

Les 1ers tournesols Clearfield sont issus de sélection de plants de tournesols sauvages TH.
Le tournesol ExpressSun est issu de mutagenèse par agents chimiques.
Le colza Clearfield est obtenu par mutagenèse induite.

 M François Sausse, porte-parole d’AgribioDrôme

a montré qu’il existait des solutions possibles pour maitriser l’ambroisie en grandes cultures dans une zone concernée, dans le cadre de l’agriculture bio. Les bases de l’agriculture bio sont :
*les rotations longues, le choix de cultures « nettoyantes » comme la luzerne,
*et le travail mécanique, pour faire baisser la pression des adventices. Ça passe par un gros travail d’observation et une vision globale. La date des semis est important (retardée le plus possible)
La question de l’emploi est importante car cette agriculture nécessite beaucoup de main d’œuvre, une piste à creuser.
La bio c’est la conséquence d’un développement concerté. Elle répond à de profondes attentes sociétales.

 Léo Coutellec, philosophe des Sciences, INSA a invité l’assemblée à se poser un certain nombre de question.

Tout d’abord de quoi parlons-nous ? Il ne suffit pas de s’intéresser à la technique, mais d’élargir à l’éthique et à l’épistémologie. Pour sortir du cadre de pensée, il faut un certain nombre de conditions.
Surtout on doit se poser la question de l’intention ? Ça invite à un décentrage du regard. Ce sont ces intentions qui donnent existence à ces objets.
L’intention est-ce de faire une plante qui échappe à la réglementation OGM, de faire une plante soumise au brevet, de soutenir un modèle agricole ?
Envisager l’évaluation en terme de bénéfices-risques est dépassé. Ces questions invitent à remettre en cause le modèle d’évaluation.
Le modèle agricole a-t-il fait de débat démocratique ?
La vitesse actuelle de l’innovation est-elle compatible avec le temps du débat citoyen ? Il s’agirait de mettre en place une forme de décélération volontaire.


Fabrice Laroche
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